Je suis Charlie

On 10 janvier 2015 by From elephants to kangaroos

J’avais écris un article au mois d’octobre que je n’avais pas encore publié, faute de ne l’avoir pas encore traduit, sur la terreur dans les médias. Aujourd’hui, j’ai repris une base de ce texte et je l’ai – beaucoup – modifié dû aux récents évènements à Paris.

charb7 janvier 2015, je me lève à Paris après une nouvelle nuit agitée, comme beaucoup le sont depuis mon retour en France. Mais aujourd’hui c’est décidé: je passe une journée au calme chez mes parents, je n’ai rien à faire et personne à voir, je peux donc me reposer, regarder des films Disney en pyjama en buvant des chocolats chauds. Enfin ça, c’était le plan. Et puis après avoir appelé ma sœur pendant un long moment, j’allume la télé pour mettre mon film, et je tombe sur les infos. Des infos qui m’ont fait froid dans le dos. Il y a eu un attentat au magazine Charlie Hebdo.
Nous sommes aux environs de 12h30, les 1ères infos arrivent seulement, au compte goutte. Je commence alors à m’accrocher à ces infos, à comprendre ce qu’il s’est passé. Au fur et à mesure des minutes qui passent, je découvre l’atrocité de l’évènement, le nombre de morts qui augmentent, des noms qui s’affichent. Et ce dessin que Charb, son directeur de publication, a publié quelques minutes avant de se faire tuer. Glaçant.

Je change de chaîne devant l’atrocité de la violence de certaines images et de certains mots. Je mets alors Canal+, cette chaîne que j’aime pour son côté décalé, amusant et sans limite. Mais eux sont aussi extrêmement sérieux à ce moment. Le cauchemar continue, s’aggrave. Mon cœur se brise. Mes larmes commencent à couler.
Ça continue comme ça pendant des heures, entre les informations télévisées et les réseaux sociaux qui commencent à s’embraser. Je lis des dizaines d’articles, de témoignages. Je ne contrôle plus à ce moment-là mon état, je laisse les larmes couler. Une amie m’appelle par Skype depuis Londres, je lui explique ce qu’il se passe, l’émotion est très forte. Je commence moi-même à partager des infos, à réagir, à expliquer à certains de mes amis étrangers la situation, à demander à certaines personnes de retirer des images qui n’auraient jamais dû être publiques tant elles sont violentes.

Car depuis quelques mois, notre société et les médias n’ont plus de limites avec les images diffusées à la télévision, sur internet ou dans les journaux. Il est devenu normal, commun, de nous afficher la violence d’une scène de rue, la décapitation d’un journaliste ou des attaques en live avec les morts qui suivent. On nous prévient qu’il y a « des images violentes qui peuvent heurter le jeune public ». J’ai 27 ans, je ne suis pas « jeune public », pourtant toutes ces images me choquent énormément et me sont impossibles à oublier.

Aujourd’hui, je mélange un peu tout dans cet article qui n’est pas très structuré (et je m’en excuse) mais qui révèle le fouillis dans ma tête que cette situation a déclenchée et qui ne m’aurait probablement pas touchée de la même façon il y a un an et demi. Je reviens tout juste d’un tour du monde où j’ai exploré des pays fabuleux sur 4 continents différents, où j’ai rencontré des centaines de personnes fantastiques. Où j’ai vu l’horreur aussi devant mes yeux avec des morts, des blessés très graves, des malades comme je n’en avais jamais vu, la pauvreté à l’état le plus dur qu’il soit. Mais ces images, ces choses, je n’en ai jamais parlé sur ce site, je n’ai jamais pris de photos à diffuser autour de moi. Car la violence est quelque chose d’insoutenable pour tous les êtres humains, qu’ils soient « jeune public » ou non. Que ces images sont déjà dures dans ma tête et que je ne veux / peux pas les ressasser autour de moi. Et que l’on fait avec nos médias de la propagande à ces groupes de terroristes, qui jour après jour s’agrandissent. On en vient même à nous expliquer qu’il est facile de faire une fusillade ou d’organiser un attentat comme si on nous annonçait qu’il ferait beau demain, avec de moins en moins d’humanité. Je ne comprends pas.

kissing_hebdoAu-delà de cet aspect médiatique, il m’est difficile de comprendre que l’on puisse maintenant attaquer mon pays pour l’un des fondamentaux de notre république. Des hommes, des femmes, des policiers et des anonymes sont morts parce que certains essayaient de nous faire rire. Et c’est pour moi inconcevable. J’ai vu en répercussion des affiches « monde de merde » dans les rues ou à la télévision depuis mercredi. Après avoir visité une partie de ce monde et rencontré les gens qui y habitent, même si je comprends ce sentiment, je n’ai pas envie de lire ça. Parce que ce monde est beau. Parce que ce monde est rempli de personnes bienveillantes, adorables, heureuses et que je trouve bien triste de penser, à cause d’une minorité, que ce monde est moche. Je suis d’accord, malheureusement aujourd’hui cette minorité fait beaucoup de bruit, beaucoup de mal et de dégâts dans nos sociétés. Mais nous leur donnons peut-être trop de place dans nos médias, nous relayons trop d’horreur, et je crois que cela leur donne l’adrénaline et l’envie d’aller plus loin. Je crois qu’il faudrait arrêter. Pas arrêter de parler des dégâts qu’ils font, non. Il faut continuer à relater les informations bien sur. Mais mesurer nos propos, nos images. Et nous lever à la place, nous mobiliser contre ces groupes et agir pour que peu à peu tout cela s’arrête.

Aujourd’hui, cela fait 3 jours que l’attentat a eu lieu à Paris. Je n’ai pas encore été place de la République en soutien aux victimes, ni devant les anciens bureaux de ce journal. Parce que je n’ai pas encore eu le courage et que j’étais trop bouleversée pour passer le pas. Pourtant j’en ai eu souvent envie. J’irai dimanche à la marche, pour montrer qu’ils n’ont pas gagné. Qu’ils ne gagneront jamais. Qu’ils nous attaquent par les armes, que nous répondons par l’unité, pacifique.

Je n’ai lu que très occasionnellement Charlie Hebdo avant cet évènement. J’ai aujourd’hui envie d’en apprendre beaucoup plus sur ce journal, envie de lire certains de leurs quotidiens, d’acheter les livres avec leurs dessins, envie de lire les prochains qui sortiront. Comme je l’ai entendu sur un plateau TV ce soir, les terroristes pensaient avoir tué Charlie Hebdo et toute sa bande de dessinateurs, mais à la place, « on a tué un symbole, on en a fait un symbole ».

charlie2L’image et la phrase relayée depuis l’évènement est « Je suis Charlie ». Au-delà du nom du magazine, cette phrase veut simplement dire que l’on défend notre république et l’un de nos principes fondamentaux qui est la liberté d’expression, qu’elle soit par l’écrit, le dessin, la télévision. Des gens se sont battus pour que nous l’ayons, au travers de tels évènements je me rends compte à quel point tout cela est fragile et qu’il ne faut jamais rien prendre pour acquis. Je suis une piètre dessinatrice mais j’ai commencé ce blog il y a plusieurs mois maintenant et même si je refuse de rentrer dans certains débats (politiques ou religieux) ici car ce n’est pas le sujet de ce site, il m’était important de prendre la plume aujourd’hui, même si elle est maladroite et discontinue.
Ironie du sort, depuis un an et demi sur les routes du monde, quand les gens me demandaient comment je m’appelais et que je leur disais Charline et voyais leurs têtes incrédules, je leur disais alors de m’appeler Charlie, plus simple, commun et facile. Et j’ai toujours aimé ce prénom.
Alors aujourd’hui plus que jamais, Je suis Charlie.
#jesuischarlie #charliehebdo

Je vous mets ici quelques liens d’articles / de vidéos que j’ai vu qui m’ont touchée ou simplement plu:
Article de Zineb de Charlie Hebdo
Article de Libération
Dessins de dessinateurs connus
Interview de Patrick Pelloux, peu de temps après les évènements
Texte de Vincent Lécuyer sur Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :